Imprimerie 03En honneur de l’année nouvelle, ajoutons une rubrique inédite à notre « joli blog villageois » pour mieux savourer son humeur berrichonne, au fil des faits divers de jadis qui ont dû « faire jaser » nos aïeux.

 Dans le ton comme dans son contenu, l’article paru dans la Dépêche du Berry le 29 janvier 1943 — il y a soixante-dix neuf ans presque jour pour jour — en dit long sur le « sentiment d’insécurité » qui, au cœur de l’Occupation, s’empare soudain d’Herry après une série impressionnante de cambriolages nocturnes.

L’identité des victimes, la stupeur de leurs réactions sur le vif, le détail des préjudices subis, l’itinéraire des voleurs, les rumeurs qui enflent aussitôt : tout est raconté à la façon d’une enquête de terrain, comme si nous emboitions le pas du chroniqueur… À une époque où le vol par effraction et l’indignation conséquente intéressaient la presse locale.


TEXTE INTÉGRAL —

Herry-Vols-02Il faut vraiment être sûr de soi pour visiter dans la même nuit onze caves, et y dérober toutes sortes de marchandises et victuailles. C’est cependant l’exploit que viennent de réaliser, à Herry, d’audacieux malfaiteurs.

Dans la nuit du 24 janvier, ils ont pénétré dans les caves et sans aucun bruit, sans trop de dégâts pour les maisons. Ils ont effectué une rafle fructueuses certes, mais qui, s’ils sont pris, leur rapportera aussi quelques mois de prison. Mais voici les faits.

Le 25 janvier, M. Eugène Trotignon, 53 ans, cultivateur, se rendit dans son écurie, et regarda à l’intérieur d’un coffre pour voir si du blé qui y était placé ne subissait aucun dégât. Il eut la désagréable surprise de constater que le blé avait disparu. En effet, un cas de 50 kgs n’était plus à sa place de même que quelques sacs d’engrais.

Ayant fait part du vol à sa voisine, Mme Lucie Debord, 56 ans, ménagère, celle-ci lui avoua à son tour que trois poules lui avaient été également été prises et qu’elle subissait un préjudice de 500 francs.

Les nouvelles se transmettent vite dans un village et, peu après, c’est M. Fernand Rousselet, secrétaire de mairie, qui se plaignait qu’un fût de vin de 30 litres, et une trentaine de bouteilles de vin fin vieux avaient tenté les voleurs. Le tout était entreposé dans la cave et la serrure fermée à clef obligea les malfaiteurs à la fracturer. C’est un préjudice de 2.000 francs que M. Rousselet a à déplorer.

Et l’on apprit encore que, continuant leur ronde, les voleurs étaient aussi passés chez M. Pierre Cherrier, 43 ans, entrepreneur de battage. Ayant fracturé la porte de la cave, ils ont pénétré dans la cuisine et y ont dérobé un drap de lit, une paire de brodequins d’homme, trois blouses de femmes, etc. Or, M. Cherrier, qui couche au-dessus de la cuisine, n’a entendu aucun bruit au cours de la nuit. Il estime son préjudice à 1.500 francs environ.

Ayant peut-être été dérangés à ce moment-là, les voleurs ont simplement arraché le grillage qui barre l’entrée de la cour de Mme Judith Coquery, 32 ans, ménagère. Mias ils sont passés chez Mlle Lucienne Gravier, 46 ans, tricotteuse, et, dans la cave, ont pris deux doubles décalitres d’oignons, trente kilos de pommes de terre, deux pots de haricots verts salés, deux kilos de sel et quatre litre de vin, le tout estimé à environ 300 francs.

Ils ont encore forcé le cadenas de la cave de Mme Amée Basty, 72 ans, ménagère, et ils se sont appropriés cinquante kilos de pommes et quinze kilos de poires.

Après les légumes et les fruits, il fallait bien un peu de viande, n’est-ce pas ? Aussi est-ce quinze lapins estimés 1.2000 francs, qui ont été pris chez Mme Éveline Vannier, 43 ans, ménagère, puis trois poules et trois lapins dans le clapier de M. René Tournefier, 41 ans, cantonnier qui estime la perte qui lui est causée à 500 francs.

La veille de cette formidable razzia, deux jeunes gens, âgés de 20 à 25 ans, ont consommé dans un café du village. Sont-ils pour quelque chose dans ces cambriolages ? Une auto étrangère à la commune a aussi été remarquée. Qui en est le propriétaire ? C’est ce que la gendarmerie, qui a ouvert une enquête, essaie d’établir.

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Source : La Dépêche du Berry, 29 janvier 1943