SennedotFace aux pesantes incertitudes du climat de guerre, et surtout face aux réalités quotidiennes de l’occupation allemande, les mots que trouve l’abbé Sennedot pour conclure son Rapport exclusif adressé à l'Archevêque de Bourges résonnent d’une étrange sérénité.

La bonne conscience qui habite son esprit lui donne toutes les raisons de nourrir une confiance absolue en la Providence.

Il se sent utile dans son rôle de prescripteur de bonnes nouvelles auprès de familles plongées dans l’inquiétude. Il trouve une vraie raison d’espérer dans les ressources inépuisables de la prière. Il perçoit surtout le Maréchal Pétain comme l’admirable intercesseur de l’action divine.

Au moment où il écrit ces dernières lignes, le 6 février 1941, rien ne vient ébranler ses pieuses intuitions. Fatalisme et attentisme : deux tempéraments prudents qui donnèrent une solide légitimité au maréchalisme… C'est ainsi que Monsieur le curé d’Herry prêchait pour sa paroisse. Peut-être les Hérissons n’en pensaient-ils pas moins ?


ÉPISODE 10 —

armistice"La guerre semble terminée pour nous Français par la signature de l’armistice, mais le rôle du prêtre continue. Pendant les semaines qui vont suivre, je remplirai les fonctions d’agent de liaison entre les familles dispersées par la tourmente.

C’est d’abord un soldat qui m’écrit du Tarn et qui me dit : « Monsieur le curé, je suis depuis deux mois sans nouvelle de mes vieux parents, de ma femme et de ma petite fille. Sont-ils toujours à Herry ? N’ont-ils pas fui ? J’ai vu tant de misère sur les routes de France que je tremble à la pensée que ce pourrait être aussi le sort de ceux qui me sont plus chers que tout au monde. »

Un mécanicien aviateur m’écrit d’Aix-en-Provence : « Monsieur le curé, ma fiancé, sa mère, ses frères et sœurs, s’étaient réfugiés à Herry, chez la vieille grand’mère. Est-ce qu’ils y sont encore ? Je suis sans nouvelles. »

À l’un et à l’autre, j’ai répondu qu’ils pouvaient être sans inquiétude sur le sort de leurs parents et de leurs amis, que la Providence les avait gardés et j’ai eu la joie de savoir que mes lettres avaient rejoint leurs destinataires et atteint leur but consolateur.

C’est un jeune homme qui m’écrit de Paris : « Monsieur le curé, mon père est à la recherche de ma mère et de mon petit frère. Il les croit dans votre paroisse, chez des personnes de notre parenté. Il ne les y trouvera pas. Ils n’y sont plus. Tous sont à Châtel-Guyon dans le Puy-de-Dôme. Il n’en sait rien. Il est vraisemblable qu’il viendra à vous pour se renseigner. Veuillez donc lui remettre ma lettre. » Le père n’est pas venu. C’est moi qui suis allé à lui. Je remarquais tous les jours à la messe un homme dont la tenue très édifiante indiquait des sentiments chrétiens. Je l’ai abordé. C’était précisément l’homme que je cherchais et à qui était destinée la lettre que j’avais reçue de Paris. Quinze jours plus tard, la famille était réunie et à une messe d’action de grâces dite à leur intention, tous s’approchaient de la table sainte.

J’arrête là ce rapport commencé il y a trois jours et que je termine en cette soirée du 6 février 1941.

Je le résume dans ces deux sentiments qui ont inspiré tous mes dires et toutes mes actions depuis le début de cette guerre et que je me suis efforcé de développer dans les âmes de tous ceux que j’ai pu atteindre. D’abord une confiance inébranlable dans la Providence de Dieu qui veut nous sauver et qui nous sauvera, qui fera le miracle que nous attendons de lui, qu’il a déjà commencé en nous donnant le Maréchal Pétain, ce grand soldat et ce grand patriote, pour nous sauver du désordre et de l’anarchie. Ensuite une confiance inébranlable dans la puissance de la prière, base de toute confiance en Dieu et le point de départ de la rénovation intérieure."

 

FIN

 Pétain-01

 

PP-CouvLe Berry au cours des années sombres de l'Occupation, c’est le thème de mon roman historique, — Trompe-la-Mort - Les cahiers secrets de Pierre Paoli, agent français de la Gestapo — écrit à partir de mes recherches dans les archives départementales du Cher et de témoignages inédits recueillis auprès de personnes ayant vécu cette période.

Source : Jacques GIMARD — Trompe-la-Mort — Les cahiers secrets de Pierre Paoli, agent français de la Gestapo (Éditions Qui Lit Vit, 320 pages, format 14x20 cm, 22 €)

 

 

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