Tambour- - copie

L’appel au profit de la Banque alimentaire que le site officiel Herry.fr vient de relayer au nom de la Communauté de communes Berry-Loire-Vauvise entend mettre le bénévolat au service d’une belle cause.

Sous ses bonnes intentions, ce communiqué fort charitable ne révélerait-il pas une conception quelque peu tronquée de la solidarité ?

— Observons tout d’abord que notre Communauté de communes veut recourir au bénévolat pour assumer une des compétences d’attribution qu’elle s’est accordée lors de sa constitution. Elle affiche ainsi son incapacité manifeste à assurer le fonctionnement régulier de la Banque alimentaire qu’elle entend organiser. Mauvais présage pour la bonne gestion de nos territoires.

— Remarquons aussi que les bénévoles potentiels — offrant généreusement leur temps en qualité de « collaborateurs occasionnels du service public », selon la terminologie du droit administratif — consacrent déjà, en qualité de contribuables, un certain effort financier pour la mise en place de ce dispositif d’aide alimentaire. Instaurer le bénévolat dans le cadre d’un mission de service public ne reviendrait-il pas à restaurer les « corvées » que le droit féodal infligeait à nos ancêtres ?

— Admettons enfin que cet appel au bénévolat pour le compte d’une structure intercommunale véhicule une étrange conception de la solidarité. Parmi les 122 personnes nécessiteuses, — représentant quand même 2% de la population de notre communauté de communes — sans doute y a-t-il une bonne part de personnes malades ou très âgées ? Sans doute s’y joignent aussi des personnes qui, jouissant de toutes leurs capacités physiques et mentales, attendent que les colis soient « confectionnés » à leur intention ? Entre l’infirme et l’impécunieux, ne doit-il pas exister un traitement différencié de la solidarité ? Parmi les personnes bénéficiaires de ces colis, pourquoi n’y aurait-il pas des âmes charitables pour contribuer au bon fonctionnement du service public dont eux-mêmes profitent sous forme d’aumônes alimentaires ? Pourquoi nos services publics n’osent-ils plus se prévaloir de la solidarité qu’enseignaient jadis les manuels d’instruction civique de l’école républicaine ? Celui qui reçoit une aide de la collectivité lui rend en retour un menu service au gré de ses capacités et de son temps disponible : ce que nos aïeux appelaient la solidarité mutualiste, plus équitable que l’assistanat pratiqué de nos jours, systématique et démagogique. Mais là encore, ce n’est que mon humble avis…

§

À MÉDITER — La solidarité selon un manuel de morale de jadis :

"La mendicité n’est permise qu’à ceux que la vieillesse et les infirmités empêchent de travailler. Et cependant, il y a des gens qui, ayant la force et les moyens de gagner leur vie, aiment mieux la mendier ou se faire assister. Ces mendiants-là sont doublement coupables : ils refusent à la société la somme du travail qu’elle a le droit d’exiger de tout être valide, et ils prennent la part d’aumônes qui revient légitimement aux véritables nécessiteux. Ils ne paient pas leur vie, ils la volent…"

Source : LEBAIGUE (Ch.) — Pour nos fils — Lectures expliquées à l’usage de l’enseignement primaire — cours supérieur et cours complémentaire (Paris, Belin Frères, 6e édition,1900)

Banque alimentaire